Quand le Canon Français se déverse dans les rues de Caen
Récit du comité des Soulèvements de la terre 14
Samedi 18 avril s’est tenu à Caen le banquet du Canon Français. Plus de 4000 personnes étaient attendues pour « faire vivre la convivialité et le terroir » ainsi que l’indique sa promotion. Parmi les financiers de l’opération, Sterin, milliardaire d’être-droite qui œuvre très activement pour toute initiative satisfaisant son projet ultra réactionnaire. Un banquet donc dont on ne peut pas douter une seconde du caractère xénophobe, masculiniste, islamophobe etc. Produit star du banquet, le Cochon dont il est promis aux convives qu’ils auront le droit à 1 kg par personne. Ils en auront pour leur argent, 80 euros le repas. Celles et ceux qui ont pris leur place ne pouvaient manquer de savoir où ils mettaient les pieds et participaient a minima d’un racisme beauf qu’il s’agissait de pouvoir exprimer librement en chantant ce qui sera un tube du banquet « Le cochon le cochon le cochon le cochon ! » seule parole d’une chanson dont l’air sera vomi dans les rues de la ville toute la nuit.
Le maire de Caen, prévenu de ce que des milliers de racistes vont se réunir en ville, ne voit « aucune raison d’interdire le banquet », sa sollicitude aura ainsi rendu possibles des dizaines d’agressions. Dans le banquet outre la nourriture qui se gargarise d’exclure une bonne partie de la population, l’alcool coule à flots (le vin c’est la France) les chansons patriotes sont légions ou font appel à l’imaginaire mythifié d’un pays imaginaire (Les corons, Les chasseurs…) quand ce n’est pas directement la marseillaise durant laquelle les saluts nazi sont nombreux (visiblement dans le jus de bidet qui sert de cerveau à certains, flotte aussi l’histoire). Quand le banquet se termine, vers 16 h, ce petit monde est bien mûr pour se finir en ville, chauffé à blanc entre mâles suprématistes.
Proche géographiquement du parc des expos où a eu lieu le banquet, c’est dans la rue écuyère, la « rue de la soif » que se déversent des centaines de mecs (très majoritairement), par grappes. Souvent porteur du « béret du canon français » (39euros) et de bretelles (29 euros), c’est donc en « uniforme » que se distinguent nettement les bas du front. Complètement ivres ils se livrent à ce que chacun·e connait de cette authentique tradition : être un gros lourd sexiste quand ce n’est pas directement des agressions, vomir et pisser partout. À cela s’ajoute leur touche spéciale. De nombreuses agressions racistes ont eu lieu. À des livreurs à vélo ils hurlent « on est chez nous » « cassez-vous » « bougnoules » « t’en veux du cochon ?! ». Certains aggréssé.es ne se laissent pas faire et des bagarres démarrent, l’une d’entre elles se termine quand on habitant jette du haut de sa fenêtre un seau de compost sur un facho en criant « cassez-vous les fachos », la terrasse du bar applaudit cette action directe. Les débiles s’énervent, la police arrive et essaie d’aider les fafs pour entrer dans l’immeuble. Ils n’y arrivent pas et se barrent. Ce sera la seule action de la police ce soir-là. Pas besoin de reproduire toutes les insultes, homophobes, sexistes, transphobes etc. vous les imaginez très bien. Une serveuse est prise à partie, elle se défend. Les passants et habitués de bars sont choqués, les agressions sont constantes. Une militante racisée est prise à partie. Plus loin en ville c’est la même chose. Ce soir-là c’est une certaine idée de la France qui a envahi Caen, vous n’aimeriez pas cela.
Le contre rassemblement, pique-nique improvisé à la hâte pour le midi de ce jour-là, a été un échec. Le rassemblement à la mairie à 14h l’a été tout autant. Quelques dizaines de personnes, quelques discours. Une belle initiative, mais trop tardivement portée. L’offensive réactionnaire est constante et notre veille doit l’être autant. Nos rassemblements ne doivent plus être en réaction mais se porter en offensive. Le carnaval antifasciste à Caen un mois plus tôt, avait réuni un millier de personnes, réel succès festif. Ce terreau doit être travaillé pour être davantage fécond. Le fascisme n’était pas d’atmosphère ce samedi 18 avril à Caen, il était présent et violent. Même si leurs formules sont ridicules, leur Histoire de France illusoire, leur discours creux ; leur haine est bien concrète et menace celles et ceux qui la société étouffe déjà. Nous devons interdire les banquets français, les faire annuler, par tous les moyens.
Les Soulèvements 14