Educnat contre Bolloré : les profs font le mur !
Le bien tranquille siège social d'Hachette a vu sa devanture investie par le collectif mercredi 1er juillet.
Une quinzaine de personnels de l'éducation nationale ont édifié, à grande vitesse, un mur de livres scolaires intégralement constitué de manuels Hachette, récoltés depuis des semaines dans les établissements franciliens : Hachette Education, Hatier Education, Dunod, Didier, Lelivrescolaire.fr, toutes ces maisons d'édition sont désormais sous la coupe de Vincent Bolloré, qui les utilise pour financer ses chaînes de propagande réactionnaires et racistes, à travers le groupe Bolloré.
Le mot d'ordre était clair : Bolloré n'a pas sa place dans nos écoles. Nous ne voulons pas et plus des manuels Hachette !
Retour à l'envoyeur : la petite équipe est repartie en laissant les manuels sur place - en un pied de nez qui en appelle d'autres !
(Crédit photo : Sébastien Calvet (Mediapart))
Leur prise de parole dans son intégralité :
"Nous, collectif antifasciste de personnels de l’Éducation nationale, sommes réunis aujourd'hui devant le siège d'Hachette pour dénoncer la mainmise que Vincent Bolloré fait peser sur l'édition scolaire et nos écoles, depuis son rachat du groupe en 2023.
Les livres que nous sommes en train d'entreposer sont issus d'établissements des quatre coins de l'Ile-de-France : ce sont des manuels de français, d'histoire-géo, d'anglais, de maths, des éditions Hatier, Lelivrescolaire, Didier, Hachette. Tous ces manuels sont désormais sous la coupe du milliardaire d'extrême droite Vincent Bolloré. Et nous, professeur-es, nous n'en voulons plus !
Ce que Bolloré fait avec l'édition et en particulier avec l'édition scolaire, c'est exactement ce qu'il a fait en Afrique de l'Ouest et en Asie avec ses activités logistiques et agro-industrielles, c'est-à-dire faire du profit maximal grâce à des industries ultra rentables et investir cet argent dans la construction d'un empire médiatique et culturel qui diffuse les idées compatibles avec son projet politique.
Car Bolloré est en croisade pour faire gagner l'extrême droite et avec Hachette, il possède désormais une manne financière énorme pour financer des médias comme CNews et Europe, dont on sait désormais qu'ils ne sont plus des chaines d'information en continu, mais des bien chaines d'opinion classées à l'extrême droite. En 2023, le marché de l'édition scolaire représentait 10, 6 % du marché de l'édition en France, soit 296 millions d'euros. Et tous ces manuels sont financés avec l'argent de l'Etat, des régions et des communes, c'est-à-dire avec l'argent de nos impôts ! Nous n'oublions pas non plus que lorsque Bolloré met la main sur un secteur, il le casse pour mieux le manipuler : c'est ce qu'il se passe chez Hatier, où nos collègues du livre ont vu leurs conditions de travail brutalement se dégrader.
Le monde de l'éducation ne veut pas être complice de cette marche forcée vers la fascisation : nous appelons tous les enseignant.e du primaire, secondaire, les lycéens et lycéennes, les collègues enseignant.es / chercheur.ses qui produisent des séquences pédagogiques à arrêter de soutenir, d'acheter, d'écrire pour Bolloré !
La bataille se joue dans chaque établissement : dans chaque établissement, il faut soumettre en conseil d'administration une motion sur les manuels scolaires, dans chaque établissement, il faut défendre d'autres éditions, et notamment les indépendantes qui sont fragilisées par la concentration capitalistique à l'oeuvre dans le monde du livre, dans chaque établissement il faut prendre position et arrêter de faire comme si Bolloré n'étaient pas l'un des plus grands financeurs de la progression de l'extrême droite, des groupuscules de rue à Zemmour, en passant par la promotion quotidienne de Jordan Bardella !
Il s'agit non seulement d'enclencher massivement un boycott moral, mais surtout un boycott économique : chaque manuel acheté finance CNews, Europe 1, le Journal du Dimanche, finance la prédation sur le monde de la culture, finance le racisme islamophobe et négrophobe, le masculinisme et la transphobie, le déni du réchauffement climatique, les discours anti-immigrations et sécuritaires !
Nous refusons que nos manuels scolaires financent l'extrême droite !
Bolloré c'est non, défendons l'éducation !"